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©Michel Cavalca

PIXEL : la parole à Mourad MERZOUKI

ccn de créteil et du val-de-marne / cie käfig

Mourad MERZOUKI a créé et présenté « PIXEL» en novembre dernier à la Maison des Arts de Créteil, ce fut un grand succès. La presse en parle de façon très élogieuse.

Création du CCN de Créteil et du Val-de-Marne / Compagnie Käfig – direction Mourad Merzouki, en collaboration avec Adrien Mondot et Claire Bardainne.

 

La PAROLE est à Mourad MERZOUKI
Lors de la première édition d’RVBn, en 2013, vous avez collaboré avec Adrien Mondot & Claire Bardainne dans le cadre de l’une des « Fabriques », ces résidences participatives menées avec des amateurs. Aujourd’hui, cette collaboration artistique avec ce duo d’artistes du numérique se poursuit et vous présenterez, dans le cadre de la deuxième édition d’RVBn, votre nouvelle création « PIXEL ». Comment avez vous abordé cette deuxième expérience?

Même si le projet a pris de l’ampleur et que nous travaillons aujourd’hui avec une équipe étoffée – un créateur lumière, un scénographe, un compositeur, une costumière – ainsi qu’avec des danseurs professionnels, j’aborde le rapport à la vidéo de la même manière. Avec curiosité, dans un esprit d’expérimentation permanente, avec ce nouveau challenge que cela crée pour le mouvement. Nous poussons naturellement beaucoup plus loin notre recherche et le fait d’avoir eu plus de temps de répétition a permis de mettre à l’épreuve du plateau tout ce dont j’avais pu rêver en 2013. J’ai ainsi intégré à l’équipe trois artistes de cirque, qui viennent se confronter à l’espace, à l’image et au rythme de manière originale et nouvelle. Bien sûr, l’enjeu n’en est que plus grand et la pression plus intense. Je sais que nous étions attendus par les professionnels, par le public, par la presse. C’est ce défi, un peu angoissant parfois, qui continue à animer mon processus de création.

 

Qu’est-ce qui vous intéresse dans ce travail « augmenté » par le numérique ?

Le rapport à l’image est fascinant. Le numérique nous entoure en permanence dans notre quotidien. J’avais envie de déstabiliser une nouvelle fois mon rapport au mouvement en me confrontant à un nouvel élément. Ici, c’est quelque chose d’immatériel, d’impalpable – c’est étrange pour un chorégraphe qui se nourrit des corps et de matière. Il me faut trouver le bon équilibre, la bonne distanciation, le point de jeu entre le danseur et l’image. La perception de l’espace, du mouvement sont totalement remis en question et c’est parfois très troublant. Cela m’amuse de brouiller les pistes, de susciter l’interrogation du spectateur face à ce qu’il voit : le danseur est-il réel, est-il manipulé par l’image ou bien manipule-t-il lui-même l’image ? Le rapport au temps est lui aussi bouleversé car on n’est pas sur les mêmes rythmes : c’est très déstabilisant, mais c’est cela qui m’intéresse.

 

Cette insertion du numérique remet-elle en réflexion, voire même en questionnement votre écriture chorégraphique ?

Tout à fait et c’est réellement ce qui m’a attiré dans ce projet, comme dans toutes mes précédentes pièces. Alors que dans Boxe Boxe, je questionnais ma gestuelle sur des musiques classiques, que dans Yo Gee Ti, je confrontais la gestuelle hip-hop à une esthétique contemporaine ou néo-classique, j’ai été dans Pixel face à un nouvel enjeu pour mon écriture. J’ai dû concevoir l’espace différemment, non plus en une dimension, mais en trois dimensions !

 

Ce travail influence-t-il votre regard de chorégraphe et votre propre expression artistique ?

Naturellement, et c’est ce qui est motivant. Cela ne m’intéresse pas de refaire le même spectacle sans cesse. De nouvelles potentialités s’ouvrent à moi et c’est assez électrisant. Mon regard change et évolue à travers ces expériences et ces rencontres.

 

N’est-il pas difficile de confronter vos danseurs à la force des images créées par la magie de ce logiciel ?

Les danseurs se retrouvent en effet projetés dans un espace dont ils n’ont pas l’habitude et qu’ils ne maîtrisaient pas au départ. Pour eux, il s’agit d’une dimension supplémentaire à prendre en compte, une forme de contrainte qu’ils doivent transformer en support, en appui. Je sais qu’ils ont été assez déstabilisés sur les premières résidences de création, ne se rendant pas forcément compte du rendu au plateau – être dans l’image sans voir pour autant cette image comme la voient les spectateurs. Mais c’est un pari pour eux comme pour toute l’équipe et c’est ce qui nous pousse à nous dépasser. Le défi est de ne pas se faire écraser par l’image, de trouver le bon équilibre entre les danseurs et l’image.

Mourad MERZOUKI